BLUES POUR GEORGE FLOYD ET LE RÊVE AMÉRICAIN

Qui était George Floyd?

Le roman ne répond pas à cette question. Mais il invite à l’enrichir, à prendre cette question par la main pour faire une généreuse promenade avec elle… 

Partir des lieux du crime pour considérer la communauté alentour, aller au-delà des angles de cette caméra qui au printemps 2020 nous a rendus tous témoins du meurtre de cet homme. 

Un meurtre d’autant plus révoltant, qu’il vient prolonger la longue histoire d’abus et de violences perpétrés, souvent en toute impunité, aux dépens des Noirs aux Etats-Unis. 

Inspiré par cet évènement, Milwaukee Blues de Louis-Philippe Dalembert nous invite à laisser le confort de nos mini écrans, oublier nos réflexes numériques pour descendre sans masque les rues de Milwaukee et écouter des témoins de la vie de cet homme redonner voix à son souffle interrompu à jamais par des atrocités policières. 

Cela doit être un choix de l’auteur: aucune mention n’est faite de la pandémie du coronavirus. Le récit est plutôt suspendu dans le temps comme pour mieux s’attaquer à un autre virus, plus vieux et plus insidieux, celui du racisme systémique, longtemps entretenu dans la société américaine mais particulièrement ravivé sous la présidence de Donald Trump. 

Dans un roman aussi proche de l’actualité, le risque pour nous, lecteurs, d’amalgamer faits et fictions est présent à chaque phrase. Mais c’est bien le jeu de la fiction et surtout sa magie. Si les circonstances de la mort du héros sont les mêmes que celles de Floyd, la similarité s’arrête là. C’est plutôt l’histoire d’un homme avec un tout autre passé, une “ancienne gloire locale du football américain”. Son prénom: Emmett, comme cet adolescent noir dont le lynchage à Mississippi en 1955 avait aussi provoqué une vague de colère et de protestation.

Ainsi beaucoup de références à l’Histoire tout comme à l’imaginaire viennent élargir le cadre du réel immédiat afin de nous mettre en face avec de nouvelles parts de vérité. Et nous voilà qui nous nous posons des questions plus patientes et plus généreuses que celles, souvent stéréotypées, proposées par les plateformes médiatiques. A quand s’arrêteront les ravages de ce virus ?… D’Emmet Till à George Floyd, qu’est-ce qui a vraiment changé? Et qu’est-ce qui doit l’être?… 

Après chaque chapitre, nous voilà tenté par l’envie de déceler ce qui est vrai de ce qui est imaginé. Mais vite nous nous souvenons que nous lisons une fiction, qui ne veut pas se substituer à la réalité ni même la sublimer, mais plutôt la suppléer comme pour nous rappeler que derrière chacun de ces noms de victimes, il y a eu une vie, comme la mienne, comme la tienne, faite de sanglots et d’espoir, de blues et d’amour. 

Car à force de répétition, les illusions de la suprématie blanche ont fini par créer une société où les agressions et les crimes anti-Noirs sont devenus tolérables au point d’être traités comme des fait divers ou comme de simples contenus choquants à potentiel viral.

Mais comme cette écrasante injustice perdure, il est impératif que les voix qui sont encore debout continuent à être écoutées, pour sauver chaque victime et chaque dommage du tombeau des statistiques et du silence lâche que nous accordons aux sujets qui fâchent.  

Lire Milwaukee Blues participe à cette écoute tant nécessaire. Tel un nouveau recueil de blues, pour convoquer le changement, maintenant.

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